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La vie à Moresnet-Neutre (Syndicat d'initiative trois frontières)
HISTOIRE    Moresnet-Neutre  Version imprimable

La vie à Moresnet-Neutre

Chapitres :


Préambule

Lorsqu'on parle de Moresnet-Neutre (aujourd'hui "La Calamine"), il faut forcément évoquer la mine de zinc majoritairement exploitée par la Vieille Montagne (Altenberg) à La Calamine.

Aborder ce sujet n'est pas le but de cet article, car il nécessiterait un site internet à lui tout seul, tellement la documentation est vaste.
Et puis, il existe un magnifique musée dans ce village qui fournit une réponse à toutes les questions qu'on peut se poser sur cette exploitation minière.

Le musée Vieille Montagne est établi dans l'ancien bâtiment administratif de la Société des mines et fonderies de zinc de la Vieille-Montagne, Chaussée de Liège 278, 4720 Kelmis.

Dans cet article, j'ai surtout voulu mettre l'accent sur le fonctionnement de cet Etat.






Etat indépendant ?

Il est admis que juridiquement le statut de « Moresnet-Neutre » était une sorte de condominium avec deux souverains aux pouvoirs absolus en théorie mais se neutralisant souvent l’un l’autre.
En pratique, quand il n’y avait pas d’accord entre les deux souverains, c’est le droit antérieur ( c.à.d. le droit français, dont le Code civil) qui était appliqué à « Moresnet-Neutre »


Comment en est-on arrivé là ?

Après la défaite des armées de NAPOLÉON, en 1815, l'Europe se retrouve réunie au Congrès de Vienne (*) en cherchant à redéfinir ses frontières, notamment celle entre la Prusse et les Pays-Bas.

La Belgique, jusqu'alors possession française, passe aux mains de la Hollande tandis que l'on tente administrativement de définir ses frontières avec la Prusse.
Sur le terrain, les fonctionnaires doivent constater l'inadéquation de leurs plans avec la réalité : un triangle, situé juste au point de rencontre entre les frontières belge, hollandaise et allemande, entraîne un litige entre les parties.
La zone est située entre le village de Moresnet, donné aux Pays-Bas et l'actuel Neu-Moresnet confié à la Prusse.

Après un an de négociations, le problème est réglé par le Traité des Limites (signé à Aix-la-Chapelle le 26 juin 1816), en déclarant Moresnet, comme territoire " neutre " et n'appartenant à personne. Il est régi à la fois par un commissaire de la Prusse et un des Pays-Bas, un arrangement provisoire qui durera 104 ans. Pour les affaires communales, ceux-ci nommaient un bourgmestre, dépositaire unique et exclusif de l'autorité administrative.

Annexe au Traité des Frontières d'Aix-la-Chapelle de 1816.
On reconnaît bien les deux rangées de piquets frontières avec la même numérotation. L'une du coté est et l'autre du coté ouest avec la même numérotation de 188 à 192. Au point nord on retrouve le piquet avec le numéro commun 193.
La rue de Liège forme la frontière sud avec les piquets au numéro 188.

(*) Le congrès de Vienne est une conférence des représentants diplomatiques des grandes puissances européennes qui eut lieu à Vienne du 18 septembre 1814 au 9 juin 1815. Les pays vainqueurs de Napoléon Ier ainsi que les autres États européens se réunissent pour rédiger et signer les conditions de la paix et donc déterminer les frontières et tenter d'établir un nouvel ordre pacifique.






Un désaccord sur ce bout de territoire de 3 Km carrés.

Sur cette zone se situe le plus important gisement de calamine - le minerai de zinc - connu en Europe et aucun des deux pays ne veut céder à l'autre un territoire aussi riche.

Ainsi est né le Moresnet-Neutre, 256 habitants en 1816, 3,44 km2 de superficie, 11 kilomètres de frontières et une mine de zinc.

Précisons qu'après la révolution belge de 1830, la partie sud du royaume des Pays-Bas se sépara pour devenir l'état indépendant de la Belgique. Et c'est la Belgique qui récupéra les droits d'administration sur le Moresnet-Neutre. Il survivra jusqu'au Traité de Versailles en 1919 (**), qui confie définitivement Moresnet au royaume de Belgique.

(**) Le Traité de Versailles élaboré au cours de la conférence de Paris, est signé le 28 juin 1919, date anniversaire de l'attentat de Sarajevo, dans la galerie des Glaces du château de Versailles, et promulgué le 10 janvier 1920.






De nos jours :








Un Etat providence ?

Moresnet-Neutre a vu sa population fortement augmenter. En quatre décennies : de 256 habitants en 1816, elle est passée à 512 habitants en 1842, 761 habitants en 1844, 1.406 habitants en 1852, 1.650 habitants en 1854, et même 2.572 habitants en 1858. Trois facteurs semblent avoir été pris en compte par la population : "paix, richesse et propriété".

Le premier facteur est l'absence de service militaire. De ce fait, on voit des familles entières déménager afin de faire échapper leurs fils aux obligations de milice. Il faut dire qu'un vent révolutionnaire souffle sur l'Europe et, nombreux sont ceux qui se révoltent contre l'ordre établi alors qu'à Moresnet-Neutre, diverses cultures cohabitent pacifiquement entre eux.

Deuxièmement, le territoire gagne des habitants grâce à l'expansion de la Société des mines et fonderies de zinc de la Vieille-Montagne. Moresnet neutre accueille de nombreux indigents qui n'espèrent qu'une chose, décrocher un travail à la mine. L'entreprise traite particulièrement bien ses ouvriers ; elle n'a point besoin d'un législateur pour faire du social.

Dès 1842, elle crée une caisse d'épargne pour faire fructifier les économies de ses travailleurs. En 1847, elle instaure une caisse de secours et une caisse de prévoyance, toutes deux financées à la fois par elle-même et par les ouvriers.
Ces caisses procurent des soins médicaux et pharmaceutiques aux ouvriers et à leur famille, accordent des indemnités de chômage et de pension, contribuent aux frais d'accouchement et de funérailles, offrent des secours temporaires aux veuves et aux orphelins.
En 1860 une politique de prêt à taux réduit, parfois sans intérêt est instaurée afin d'aider les ouvriers de la Vieille-Montagne à acheter ou construire une maison.


Enfin, le troisième facteur sont les contributions d'État qui demeurent celles de 1816.
Les nouveaux impôts votés en Belgique ou en Prusse ne sont pas d'application sur le territoire neutre ; les héritiers et légataires n'y paient pas de droits de succession.
Les droits de douane ne s'appliquent qu'aux marchandises sortantes.

Mais, décennie après décennie, ces trois facteurs perdent leur attrait.
La Belgique et la Prusse finissent par modifier leur position en matière de service militaire.
L'afflux d'étrangers pèse lourd dans le financement.


Ainsi, en septembre 1859, pas même trois mois après l'entrée en fonction du nouveau bourgmestre Joseph Kohl, celui-ci décide d'établir un impôt sur le revenu. Est-ce à ce moment là que l'idée d'un état indépendant libre a germé dans la tête du Dr. Molly ?
En 1884 : la mine est épuisée.

Le nombre d'ouvriers employés sur le site s'est considérablement réduit.
Culminant à 1.258 en 1857, il ne s'élève plus qu'à 209 en 1886.

Citons encore quelques autres contributions qui font leur apparition : 1867 voit naître une taxe sur les chiens de trait, janvier 1895 une taxe sur les débits de boisson. Une taxe du culte, frappant les seuls catholiques, et une taxe sur les fêtes et les bals complètent le nouvel arsenal fiscal.






Alcool, plaisir, contrebande et "Kraupöngel"

Ce territoire neutre attire de nombreuses personnes : Soldats de fortune, demandeurs d'emploi, jeunes hommes qui veulent éviter le service militaire et d'anciennes bonnes, femmes de chambre qui se sont trop rapprochées du fils de la maison. Leur intérêt : Un coût de la vie peu élevé, des divertissements, de l'alcool et toutes les choses dont les gens ont besoin dans une vie sauvage au pied "Altenberg" de Calamine.

Les habitants de Neutral Moresnet étaient autorisés à distiller des boissons - même si ce n'était que pour leur propre consommation. Cependant, les quantités produites étaient si importantes qu'elles ne pouvaient pas être consommées, même dans les 70 cafés et restaurants de la région : Des quantités considérables ont été passées en contrebande à travers la frontière, principalement vers les Pays-Bas.

Mais sur les quelques mètres carrés de Moresnet-Neutre la zone bénéficiait de l'importation en franchise de marchandises de Belgique et de Prusse. Cependant, les droits de douane devaient être payés pour l'exportation, ce qui conduisait à l'un ou l'autre passage illégal de la frontière. La nuit, d'un côté de la rue à l'autre ou sous la rue - et même à travers un égout.

Mais le petit trafic frontalier fonctionnait également assez bien à un autre égard, car Moresnet-Neutre avait beaucoup à offrir. Après le travail, pour satisfaire les nombreux travailleurs, la société minière "Vieille Montagne" a encouragé la socialisation. Des chorales et des orchestres de mineurs ont vu le jour, pas moins de sept clubs de tir, un club de pêche et divers clubs de carnaval. La densité des bars était également énorme.

Bref, la police et les pompiers veillaient à l'ordre public, mais la réputation de ces gens qui n'hésitaient pas à user de leurs poings, a donné naissance au nom "Kelmiser Kraupöngel" (Racailles de La Calamine).






Commissaires royaux pour le territoire neutre de Moresnet de 1816 - 1919.

PAYS-BAS PRUSSE
Werner Jacob (1817-1823)
Membre député de la ville de Liège.
Avocat de l'ancien Duché de Limbourg.
Wilhelm Hardt (1817-1819)
Conseiller privé en matières de mine de zinc.
Joseph Brandes (1823-1830)
Greffier de la ville de Liège.
Inspecteur des écoles provinciales de Liège.
Johann-Martin-Daniel Mayer (1819-1836)
Conseiller en matières de mine de zinc.
Directeur du service de mine à Düren.
BELGIQUE
Lambert Ernst (1835-1840)
Substitut du Procurateur général à la Cour d'Appel à Liège.
Originaire d'Aubel.
Heinrich Martins (1836-1854)
Conseiller des mines à la centrale de Bonn.
Mathieu Cremer (1840-1889)
Juge à la cour de 1ere instance de Verviers.
Né à la commune de Limburg.
Amand von Harenne (1854-1866)
Sous-préfet d'Eupen.
Fils d'avocat liégeois Avocat et bourgmestre de Raeren.
Commissaire de police de 1852 à 1854 et devenait ensuite commissaire royal.
Fernand Bleyfuesz (1889-1914) & (1918-1920)
Commissaire d'arrondissement de Verviers, né à Dison.
Son fils était le dernier directeur du siége de la Vieille Montagne à La Calamine jusqu'en 1950.
Freiherr von der Heydt (1866-1868)
Sous-Préfet d'Eupen. Fils du ministre Prusse des finances.
Dr. Bayer (1915)
Commissaire impérial de l'arrondissement de Verviers.
Edward Guelcher (1868-1871)
Sous-préfet d'Eupen.
Tombé pendant la guerre contre la France de 1870.
Alfred Theodor Sternickel (1871-1893)
Sous-préfet d'Eupen.
Alfred Jakob Bernhard Theodor Guelcher (1893-1909)
Sous-préfet d'Eupen.
Theo Losen (1909-1918)





Bourgmestres de Moresnet-Neutre (1817-1920)

  1. Arnold Timothée de Lasaulx (*1774 – ♱1863)
    1817 - 21 février 1859
    Il est né au château d'Alensberg (Moresnet) - Ayant servi pendant plus de 41 ans, il a été le bourgmestre le plus longtemps en fonction de l'existence du territoire. - Au début, il était également, mais provisoirement, le bourgmestre de Moresnet-Belge et de Moresnet Prusse.
  2. Adolf Hubert van Scherpenzeel-Thim (*1824 - ♱1877)
    21 février 1859 - 30 mai 1859
    Ayant servi moins de 4 mois, il a été le bourgmestre le moins longtemps en fonction.
  3. Joseph Kohl (*1831 - ♱1917)
    1 juillet 1859 - 7 février 1882
    En septembre 1859, pas même trois mois après l'entrée en fonction, il décide d'établir un impôt sur le revenu.
  4. Oskar Anton Bilharz (*1831 - ♱1917)
    7 février 1882 - 20 juin 1885
    Pendant son mandat en 1883, Moresnet-Neutre a changé son drapeau territorial pour un drapeau tricolore avec des barres horizontales en noir, blanc et bleu.   
  5. Hubert Schmetz (*1862 - ♱1930)
    20 juin 1885 - 15 mars 1915
    démis de ses fonctions suite à l'annexion par la Prusse en 1914
  6. Wilhelm Kyll (*1876 - ♱1956)
    29 mars 1915 - 7 décembre 1918
    suite à l'invasion allemande en 1914
  7. Pierre Grignard
    7 décembre 1918 - 10 janvier 1920
    puis devient 1° bourgmestre de La Calamine (Kelmis) jusqu'au 7 février 1923






Drapeaux et blasons

Blason de la Vieille Montagne

Blason de la Vieille Montagne

Drapeau tricolore

Drapeau tricolore à barres horizontales datant de 1883

Cachet Moresnet-Neute vers 1895

Cachet Moresnet-Neute vers 1895

Armoiries La Camaine depuis le 29 avril 1996

Armoiries Kelmis depuis le 29 avril 1996 (⚒)

Drapeau actuel avec armoirie

Drapeau tricolore actuel à barres verticales avec armoiries

(⚒) La moitié supérieure symbolise l'exploitation historique du zinc dans la région (voir blason Vieille Montagne). La base montre un lion et un aigle qui font référence au statut spécial du territoire. Le lion représente les lions hollandais et belges, l'aigle est l'aigle prussien. Ces armoiries sont très inspirés du cachet de Moresnet-Neutre datant de 1895.






La poste à Moresnet-Neutre

Bien que sur le territoire neutre il n'y a jamais eu de vrai bureau de poste, les habitants n'étaient tout de même pas exclus du trafic postal.
Comme c'était le cas pour plusieurs activités, ils pouvaient se diriger vers les deux cotés de la frontière pour envoyer ou recevoir leur courrier.
Pendant toute la durée de l'indépendance, aussi bien les Prussiens que les Belges ont exécuté les travaux postaux simultanément mais totalement indépendamment l'un de l'autre.

Une lettre envoyée vers la Prusse était pourvue d'un timbre prussien et postée dans un bureau prussien, tandis qu'une lettre vers la Belgique était pourvu d'un timbre belge et posté dans un bureau de poste belge.
Dans les deux cas le tarif national était appliqué.

Pour les envois vers d'autres pays, on pouvait choisir selon le tarif le plus intéressant.
Le bureau de poste belge le plus proche et responsable pour Moresnet belge était à Henri-Chapelle.
Ils envoyaient et distribuaient également le courrier de et vers Moresnet-Neutre, tandis que le bureau de poste allemand le plus proche situé à Herbesthal et responsable pour Moresnet prusse en faisait de même pour Moresnet-Neutre.

Ils avaient tous les deux leur propre facteur qui distribuait le courrier et qui vidait les boites aux lettres.

Plus tard, à la demande de la Vieille Montagne, on instaurait dans un local de la Vieille Montagne un bureau de poste prussien à Moresnet-Prusse.

Bureaux de poste desservants le territoire neutre

1815 - 1830 Henri-Chapelle, Herve et Liège

Pour la Belgique

1830 - 1862 Herve et Liège

A partir du 20 octobre 1862 Montzen cachet à 18 lignes verticales

A partir du 15 avril 1864 Montzen cachet à petits points en forme de losange no 254

A partir du 10 mars 1873 Montzen cachet à double cercle

A partir du 1 février 1875 Montzen cachet à simple cercle

A partir du 10 juin 1899 Moresnet belge cachet à simple cercle

Pour la Prusse et plus tard l'Allemagne

1815 - 1876 Aix-la-Chapelle, Eupen et Herbesthal

A partir du 1 aout 1876 Moresnet-Prusse cachet à simple cercle

Vers 1900 Moresnet-Prusse cachet à segments

Les timbres de Moresnet-Neutre

Un détail important de la poste du territoire neutre est l'émission par cette administration d'une série de timbres postes d'après l'idée du Docteur Molly, de Monsieur Beaufays et de Monsieur Crickboom.

Ces timbres émis selon le modèle prussien n'étaient destinés qu'au seul courrier local, soit à l'intérieur du territoire neutre.
Cette série de timbres était mise en cours le 5 octobre 1886 et se composait de 8 timbres des valeurs de 1 Pfg, 2 Pfg, 3 Pfg, 4 Pfg, 5 Pfg, 10 Pfg, 20 Pfg et 50 Pfg.

Lorsque le Bourgmestre eut pris connaissance de cette émission de timbres il avertis les deux commissaires.
Comme à Moresnet-Neutre le droit français était toujours d'application selon lequel l'état devait toujours avoir le monopole de la poste, les commissaires ils rédigèrent un décret interdisant la mise en circulation de ces timbres.

Le 19 octobre de la même année, après seulement deux semaines d'existence, ces timbres étaient déclarés non valables et retirés de la circulation.

Aussi bien la poste belge que la poste prussienne n'avaient reconnu la validité de ces timbres poste.

    
        

Une série spéciale pour la célébration du 100e anniversaire du traité de Versailles

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La monnaie à Moresnet-Neutre

Comme à Moresnet-Neutre le droit français était toujours d'application, le franc français était la seule monnaie officielle du territoire neutre.


Vu la proximité des deux pays qui avaient la surveillance sur le territoire on comprend que c'étaient ces deux monnaies qui étaient le plus employées avec cependant une majorité de monnaie prusse à cause de la proximité de Moresnet-Prusse.

En 1848 apparaissaient quelques pièces locales.

Bien qu'il ne s'agissait pas de valeur officielle ces monnaies sont décrites dans la "Revue Numismatique Belge" de 1869 ( 5eme série 1869, page 96 à 99).


#1 représente une tête de Janus avec à gauche Friedrich-Wilhelm de Prusse et à droite de roi Léopold 1er de Belgique.
Sur le pourtour nous lisons l'inscription : "SUB DUPLICI PRAESDIO LIBERTAS * 1848*"

#2 ici nous lisons : "COMMUNE LIBRE DE MORESNET" et en dessous de deux mains croisées la valeur 2 F. En dessous les emblèmes incomplets de Prusse et de Belgique. Incomplets parce que la couronne manque aussi bien sur l'aigle que sur le lion.

#3 ici nous lisons : "VIVRE ET PROSPERER SOUS LA DOUBLE PROTECTION DE LA PRUSSE ET DE LA BELGIQUE"






Le Docteur Wilhelm Molly

Le personnage

Le récit de l'histoire de Moresnet-Neutre ne serait pas complet si on n'évoquait pas le légendaire Docteur Molly.

En 1863 le docteur Molly né a Wetzlar en Allemagne venait s'établir à Moresnet-Prusse ( Neu-Moresnet) pour y ouvrir un cabinet médical. Il se faisait vite un nom parmi la population locale parce que, entre autres il soignait ses patients à des tarifs très préférentiels.

Lorsqu'il parvint encore à vaincre une épidémie menaçante de cholera sa popularité monta en flèche et il était désigné comme médecin au service de la Vieille Montagne.

Docteur Wilhelm Molly (1838-1919)

Reçu de la Belgique la "Croix Civique"

La Prusse lui remit "l'Ordre de la Couronne" et l'ordre de "l'Aigle Rouge".

Désir d'indépendance par le monopole de la poste

Le Docteur Molly était entre autre le fondateur de la poste éphémère de Moresnet-Neutre.

Ce n'était pas une institution intéressante, mais le fait que le Docteur Molly et ses amis (Messieurs Beaufays et Crickboom) émettaient des timbres postes était un moyen d'exprimer leur désir d'indépendance.

Ils étaient probablement inspirés par les services de poste installés dans plusieurs villes allemandes, mais également par le canular de J.B. Moens. (1)

Lorsque les deux commissaires furent informés par le bourgmestre de cette émission de timbres postaux, ils instauraient une loi interdisant ces timbres en s'appuyant sur une loi française de 1711 qui stipule que l'Etat garde toujours le monopole de la poste.







(1) Le canular de J.B. Moens (un faux timbre poste de Moresnet-Neutre)
Jean-Baptiste Moens Jean-Baptiste Moens (1833-1908) est un philatéliste belge très connu. Il collectionne pièces et timbres et ouvre à Bruxelles une librairie afin d'y vendre quelques-uns de ses timbres intéressants. Il devient un des tout premiers professionnels du commerce philatélique.

En 1862 il publie le "Manuel des collectionneurs de timbre-poste" (Nomenclature générale de tous les timbres dans les divers pays du monde).
Vu le succès de ce manuel, il ne tarde pas à publier la même année, un second ouvrage intitulé "De la falsification des timbres-poste" (déjà une réalité à l'époque en Europe).

Par la publication de sa propre revue le "Timbre-poste", il devient un véritable chef de file dans le Monde de la philatélie.

Son expertise et son succès font que ses articles sont très souvent copiés sans citer ses sources, et notamment par son collègue parisien Pierre Mahé, qui lance lui aussi sa revue le Timbrophile. Lassé par cette manière de faire, il décida alors de piéger P.Mahé.

Le 1er avril 1867, il publie donc un canular bien élaboré dont Mahe se souviendra longtemps.
Un certain J.S. Neom (J. Moens à l'envers !) lui a envoyé une lettre qu'il publie aussitôt. Le Directeur de la poste du Moresnet, un certain Mr Crack, aurait décidé d'émettre une série de 4 timbres, d'une valeur de 12 et 20 centimes pour la Belgique, et de 12.5 et 25 centimes pour la Prusse. Ces timbres seraient produits par la société bruxelloise Vish et Lirva.

Le poisson d'avril a parfaitement bien fonctionné.
Le Timbrophile publie un article sur les nouveaux timbres de Moresnet. Mahé aurait pourtant dû être beaucoup plus prudent et perspicace. En effet, en néerlandais, "Vish" signifie "Poisson" et "Livra" est tout simplement "Avril" à l'envers et Moresnet-Neutre ne dispose même pas d'un bureau de poste !

Le timbre était assez fantaisiste mais bien réfléchi :
Il faisait référence aux deux états belges (le lion) et prusse (l'aigle), le tout chapeauté d'un bonnet phrygien rappelant la législation de la Révolution française toujours en place dans le territoire.
Le timbre était unilingue, et la mention "commune libre de Moresnet" très peu utilisée.

Sources : https://philapostelbretagne.wordpress.com

Désir d'indépendance par la langue "L'esperanto"

L'émission de timbres n'est qu'un infime détail par rapport aux essais du Docteur Molly de faire de Moresnet-Neutre un état espérantiste "Amikejo".

En 1906 le Docteur Molly s'était mis en rapport avec le professeur français Gustave Roy.

Ces deux espérantistes acharnés, voulaient absolument établir un état espérantiste.

Et quel territoire se présentait mieux que le territoire neutre pour réaliser ces projets ?

En 1908 ils organisaient une réunion de propagande au Local des Carabiniers (aujourd'hui disparu).

Toute la population y était rassemblée pour entendre des discours en faveur de l'instauration d'un état libre espérantiste "Amikejo" (= lieu de grande amitié).

A l'occasion de cette réunion la fanfare de la Vieille Montagne présentait la marche "Amikejo" composée par Willy Huppermann et qui devait également servir d'hymne national.

Après cette manifestation plusieurs journaux internationaux parlaient de la création possible d'un état espérantiste à Moresnet-Neutre.
Le quatrième congrès espérantiste à Dresde décidait même de préférer Moresnet-Neutre à La Haye (Pays-Bas) comme centrale mondiale de l'esperanto.



Le Local des Carabiniers

(aujourd'hui disparu) où en 1908 eu lieu la réunion de propagande pour l'état indépendant espérantiste "Amikejo".
Photo prise à l'occasion de la création de l'état espérantiste " Amikejo " en 1908.

Devant, le deuxième à partir de la voiture est le Docteur Molly.





La fin de Moresnet-Neutre

Moresnet-Neutre perd sa raison d'être en 1895 avec la fin de l'exploitation de la mine de zinc.

La Prusse tente de reprendre les pourparlers avec la Belgique pour récupérer le territoire, allant même jusqu'à couper l'électricité et saboter les lignes téléphoniques.

Mais la Belgique avait les habitants de son côté et la Première Guerre mondiale débuta.

Dès le 4 août 1914, premier jour des hostilités, le très exposé Territoire perdait sa neutralité en passant sous la tutelle du Kaiser.

Finalement, en 1919, dans l'article 32 du Traité de Versailles (**), l'Allemagne reconnaît la souveraineté absolue de la Belgique sur le territoire de Moresnet-Neutre qui est attribuée définitivement à l'autorité du roi des Belges.


Sources : moresnet.nl - web.archive.org - academiebelgium.be - philapostelbretagne.wordpress.com - contrepoints.org et recherches personnelles
Rédaction et traduction: Hubert Bindels (Gemmenich).



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